• Mercredi 10 Mars | Yom Révihi 24 Adar 5770 | יום רביעי כד אדר התשע
  • Chabbat Noa'h | Allum : 18h32 | Sortie : 19h40

 Edito du Grand Rabbin de France      

 

 

 

Le livre d’Esther est le seul livre de la Bible où le nom de D-ieu ne figure pas. Aucune invocation, aucune prière ne lui sont adressée. Pourtant, ce livre est l’objet d’une plus grande vénération que tous les autres livres de la Bible, la Torah exceptée. Comme le dit Maïmonide: «tous les autres livres tomberont en désuétude, seul à côté de la Torah, le livre d’Esther survivra; le souvenir de la catastrophe dont nous étions menacés et dont nous avons été sauvés, ne s’effacera jamais du cœur de notre peuple».

 

 

 

Il n’y a pas la moindre trace ou mention d’un miracle. Les personnages agissent selon leurs caractères, chaque acteur forge des projets, et prend des résolutions conformes à sa nature; le dénouement, toutefois, provient d’un événement banal, mais providentiel.

 

 

 

C’est dans cette dernière particularité que semble résider la leçon capitale de la meguila et son enseignement fécond pour les générations à venir. Les temps des miracles sont passés. D-ieu, en se dissimulant, – si l’expression est permise – se tiendra derrière la scène d’où il tirera les fils par lesquels se trament les péripéties de la lutte tragique entre Israël et ses ennemis, et c’est à son messager, le hasard, en apparence, qu’en dernier lieu il confiera l’arbitrage.

 

 

 

Il faut noter à cet égard, que selon la Tradition, l’histoire d’Esther marque la fin du temps des prophètes. Dès lors que la parole divine n’est plus transmise par la bouche des prophètes, les hommes sont confrontés à une solitude suffisamment profonde pour qu’on voie apparaître – et ce n’est sans doute pas un hasard – les prémisses de la philosophie. Mais cette situation nouvelle appelle un travail de deuil. Si le nom de D-ieu n’apparaît plus, c’est à la fois parce que la voix prophétique s’est tue, et parce que D-ieu veut apprendre aux hommes à vivre avec Lui sans “présence” de Sa parole. Il nous faut apprendre à faire le deuil d’une parole qui décide à la place de l’intelligence humaine. Cette inquiétude des hommes va se traduire par la naissance de la philosophie et de la science, expressions de la nostalgie de D-ieu, ce qui signifie sans doute, que «le discours philosophique peut être une pathétique protestation contre le silence de D-ieu» et que plus tard, au Moyen Âge, la tentation de parler de Dieu se fera chez le théologien au nom de la lumière naturelle. L’homme se tournera alors vers le monde de la nature.

 

 

 

Mais si le nom divin reste imprononçable et si dans le livre d’Esther il est absent, imprononcé, c’est peut- être pour nous inciter à nous défaire de toute tentation de mainmise sur le divin à partir de la possession de son nom, et aussi pour déjouer les ruses de la conduite magique qui espère accaparer le divin en vue de son profit. Ce qui justifierait aussi bien l’absence du nom divin dans le texte que l’absence de magie, de miracle, dans l’histoire d’Esther.

 

Joyeuse fête de Pourim, Pourim Saméah

 

 Gilles BERNHEIM, Grand Rabbin de France 

    
Mars 2010 
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